L’art de la courbe

« Ici, la piste est longue et bleue mais peu importe finalement : c'est l'intensité que l'on met à chaque chose qui nous rapproche. » Thomas Coville

06.05.2016

Après trois jours et demie de mer, les deux leaders Ultime ont parcouru sur l’eau plus de deux fois la distance de rapprochement !

A 4h00 ce vendredi, Thomas Coville (Sodebo) avait parcouru 2 136 milles sur l’eau et François Gabart (Macif) 2 250 milles alors que tous les deux ne s’étaient rapprochés de New-York que de 980 milles ! Plus de deux fois la route… Mais les deux compères étaient alors au plus bas de la grande courbe entamée lundi devant Plymouth et alignaient tout de même plus de 25 nœuds de moyenne sur l’eau depuis le départ. Bref cette quatorzième édition de The Transat bakerly offre un tracé totalement atypique car ces trimarans de trente mètres affectionnent plus les conditions portantes musclées que les contraires toniques.

Désormais les deux leaders, suivis à 400 milles environ par Yves Le Blévec (Team Actual) moins extrême dans sa descente vers le Sud, vont pouvoir faire cap sur New-York ou presque : les milles gagnés sur l’eau seront enfin des milles gagnés vers le but ! Pour autant cette trajectoire alizéenne marque un changement radical dans l’approche d’une transat ou même d’un tour du monde : l’essentiel est d’aller vite et facilement quitte à rallonger la route. Car la capacité d’accélération de ces trimarans de trente mètres est telle qu’ils peuvent éviter les coups de vent, mais surtout les mers dures qui ralentissent les bateaux et surtout sollicitent les structures et les hommes.

« Ce duel avec Thomas est super. C’est ce qu’on est venu chercher… Mais la transat anglaise, ça n’est plus ce que c’était. Je suis en Croc’s et en short et j’ai abandonné les bottes ! A la taille de l’Atlantique, nos écarts sont ridicules. » François Gabart

Et quand les solitaires peuvent aligner 673 milles en 24 heures (à l’image de Thomas Coville jeudi), pourquoi aller chercher la baston quand la glissade est sécurisante et propulsive ? Et avec un mille d’écart par rapport au but, le duel reste très ouvert surtout que cette journée de vendredi s’annonce active sur le pont. Avec la courbure des isobares sous l’anticyclone des Açores, le vent d’Est va basculer progressivement au Sud-Est, exactement le cap pour aller à New-York : il faudra donc enchaîner les empannages pour ne pas naviguer vent arrière.

C’est probablement à l’issue de cette journée que le positionnement pour le sprint final sera déterminant à l’arrivée : comme sur l’anneau d’une piste cycliste, prendre la corde réduit la distance à parcourir, mais prendre l’extérieur permet de profiter de la pente pour aller plus vite… Or si ce vendredi matin, les deux skippers ne sont pas très éloignés l’un que l’autre, François Gabart à l’extérieur est plus véloce ! C’est donc dans la succession de manœuvres que les deux solitaires vont se départager (ou non) aujourd’hui… La journée devrait être propulsive tout comme samedi, mais à suivre, une zone de transition devra être négociée avant le retour de la brise au Sud-Ouest, puis au Nord-Ouest ! Aïe : il va falloir anticiper cette fin de match à l’issue du week-end…

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