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ERIK NIGON EN TERMINE…

“C'est un vieux bateau, lourd et pas du tout adapté pour faire du près dans la brise mais il est super solide : il s'est pris des espèces de vols planés dans les montagnes d'eaux générées par 35 nœuds de vent contre les tourbillons de courant du Gulf Stream…”


19.05.2016


Quatrième place des Multi50 pour le vieux trimaran Vers un monde sans Sida : Erik Nigon termine à quatre heures seulement du podium !


Le skipper de Vers un monde sans Sida a franchi la ligne d’arrivée mouillée devant Sandy Hook dans la nuit de ce jeudi 19 mai à 4h 02’ 33’’ (soit 10h 02’ 33’’ heure française). Erik Nigon avait choisi une route Sud ans le sillage des trimarans Ultime, mais pour autant le solitaire a cumulé les problèmes techniques sur son Multi50 vieux de près de trente ans. Il a parcouru 4 553 milles à la moyenne de 11,31 nœuds sur l’eau en 16 jours 18 heures 32 minutes 33 secondes, à 4j 11h 12’ 16’’ du vainqueur de la catégorie Multi50.


« Je ne me suis pas intéressé aux choix des autres compétiteurs car mon objectif était d'amener le bateau à New York en le menant à ses et mes limites. »


« Chers amis du Voilier au Ruban Rouge, je vous écris un petit mot alors qu’il nous reste, mon voilier et moi (je précise le “nous” qu’il n’y ait pas de confusion…) moins de 100 milles pour atteindre New York et à part un peu de molle, des pêcheurs, les coast guards et Olmix la route est claire…

Je ne suis pas superstitieux… (mais je viens de vérifier la pièce sous le mât, touche du bois 3 fois et croise les doigts qui ont doublés de volume en 2 semaines, va pas être pratique pour la guitare…) mais normalement je devrais arriver pour la sortie des clubs de Big Apple… et vous lirez ce carnet branché sur votre smartphone pour voir l’arrivée sous le pont du Verazzano. Il y a un an je n’avais pas envie de faire cette course car je me demandais où était le plaisir et en décembre l’arrivée à NY, mon envie de ne pas rester sur mon abandon à la dernière Route du Rhum et puis la volonté de plaider avec AIDES cette cause si difficile à faire passer aujourd’hui, m’ont décidé à remettre le bateau en état et de me lancer dans cette aventure.


D’abord, je confirme que le plaisir il faut un peu le chercher… Si on s’attend à voir des bancs de cétacés dans une lumière bleue blanche sur une mer douce en short et avec un café à la main, si on pense que l’on va passer sa nuit en glissant dans les bancs de plancton fluorescent comme dans les alizés en regardant la voie lactée et remettre à l’eau les exocets… on n’a pas coché la bonne case !

Le plaisir ici on le trouve parce qu’on est toujours en course jour après jour en cassant tout ce que l’on a pas prévu, mais en arrivant à réparer, en se prenant (presque) tout le temps plus de 25 nœuds de vent et rarement au portant, mais en arrivant à enchainer les manœuvres de réduction et d’augmentation de surface de voiles sans faire souffrir le matériel et sans faire de bêtise. Le plaisir on le trouve dans les échanges avec vous mais je n’en ai pas beaucoup trouvé dans la navigation pure à la barre du bateau car il n y a pas de répit. On sort du contournement d’une dépression pour faire du reaching dans 25 a 30 nœuds, puis c’est un peu de portant mais dans de la grosse mer et on trouve presque du repos à contourner la bulle d’un anticyclone… sauf que sans aérien pour savoir d’où vient le vent dans la pétole la nuit, c’est pas gagné. Sur un Rhum, il faut dégolfer puis éventuellement faire un crochet aux Açores pour prendre un flux de dépression mais ensuite c’est 10 jours de bonheur de glisse, ici c’est purée, c’est quoi le prochain machin à gérer, jusqu’à même une petite dépression à 300 milles de l’arrivée où en plus de prendre cartouche au passage de front, je me fais piéger pendant 6 heures dans une bulle.


Cette transat est tellement sollicitante pour le bonhomme et le matériel que ce n’est pas possible de ne pas casser du matériel ou de se faire des pètes. Pour le matériel, on voit les gros trucs visibles comme les dérives (des morceaux de carbone surdimensionnés), le flotteur ou le rail de grand-voile maison n’arrête pas de faire des petites réparations sur des bouts qui cassent ou se dénudent, des boulons qui se dévissent… J’ai eu mon lot mais je suis sûr que le jeu continuerait ce serait d’autres ennuis qui apparaitraient car les bateaux sont massacrés dans cette course car il s’agit bien d’une course et donc on doit en permanence être à la limite. La limite est tirée vers le bas quand on est en solitaire mais on a les vitesses ciblées en fonction des conditions et le routage ne met pas des coefficients de pondération en fonction de l’humeur du skipper. La stratégie de course, passage au nord ou sud d’un système météo par exemple, est simulée avec les performances du bateau et si on veut être à l’heure, faut pas lâcher.


Je ne me suis pas intéressé aux choix des autres compétiteurs car mon objectif était d’amener le bateau à NY en le menant à ses et mes limites. C’est un vieux bateau, lourd et pas du tout adapté pour faire du près dans la brise mais il est super solide, il s’est pris des espèces de vols planés dans les montagnes d’eaux générées par 35 nœuds de vent contre les tourbillons de courant du Golf Stream (j’en ai encore la trouille au ventre). Il est tout souple, il grince de partout on sent les déformations dans le dos ou sous les fesses mais à part quelques craquelures il tient le choc bravement.

Physiquement à part les bobos et le mal de dos à tirer sur des bouts dans des mauvaises positions c’est le sommeil (la veille) qui a été le plus dur. J’arrive à bien gérer des petites siestes d’habitude mais là, avec l’adrénaline des problèmes ou du stress dans le vent fort et la nécessité de rester éveillé dans le petit temps, car pas d’aérien et donc pas de pilote en mode vent j’ai battu tous mes records de veille et manque de lucidité régulièrement. Heureusement j’en suis conscient et fait un check de répétition avant chaque manœuvre de prise de ris (et il y en a un paquet par jour en ce moment). Bon j’approche d’une bouée et ai vu un pêcheur à la dernière minute ce matin alors je vais aller en veille dehors (ça caille ici !) et rêver de l’arrivée en faisant marcher le bateau au maximum.


Prochain carnet de terre si tout va bien.

Je n’arrive pas à croire qu’on arrive enfin et qu’on arrive déjà...

Pensez à la lutte contre le sida qui elle est une chose sérieuse, je vous recause après la bière de Brooklyn.

Erik et son incroyable voilier au ruban rouge. »

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