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Rattrape-moi si tu peux !

Le suspense est à son comble sur The Transat CIC tant les écarts sont minimes et la fin de course incertaine. Si Yoann Richomme (IMOCA Paprec Arkéa), aux commandes de la flotte IMOCA depuis hier après-midi, a accru son avance (53,4 milles au pointage de 16h) sur Charlie Dalin (MACIF Santé Prévoyance) et Sam Davies (Initiatives-Cœur) la route est encore longue et les jeux loin d’être faits. En Class40, Ian Lipinski (Crédit Mutuel) mène toujours la danse, talonné de près par Ambrogio Beccaria (Alla Grande - Pirelli) et Fabien Delahaye (LEGALLAIS), qui sont loin d’avoir dit leur dernier mot. 


La nuit de jeudi à vendredi n’a pas été facile pour les IMOCA, qui ont dû négocier au mieux le contournement du centre de la dépression. « Certains se sont fait piéger dedans comme Nicolas Lunven (Holcim-PRB), qui a rencontré des problèmes et n’a peut-être pas bien vu cette dépression dont la trajectoire est un peu bizarre. D’habitude, elles vont vers l’ouest. Là, elle est un peu stationnaire et s’est un peu décalée dans l’est », explique Yann Eliès, Directeur de Course Adjoint. L’enjeu était donc « d’essayer de toucher le plus près possible le centre de la dépression pour bénéficier de la bonne bascule de vent sauf qu’en son centre, il n’y a pas de vent du tout, ça tombe d’un coup. On passe de 25 à 5 nœuds de vent en très peu de distance. Si tu pousses un peu trop loin, tu te fais piéger dedans », ce qui explique les écarts à la mi-journée. Des écarts qui restent minimes malgré tout, Yoann Richomme ne disposant que de 53,4 milles d’avance sur Charlie Dalin, 74,1 milles sur Sam Davies et 75,5 milles sur Boris Herrmann (Malizia – Seaexplorer) au pointage de 16h. 

© IMOCA LAZARE (Tanguy Le Turquais) Place maintenant à un grand bord de tout droit sur lequel il faudra être rapide, ce dernier pouvant redistribuer les cartes. « L’élastique s’étire et va se retendre dimanche en fin de journée. La tête de flotte va rentrer dans une zone de transition avec peu de vent car elle va quitter l’influence de la dépression qui leur apporte du portant », indique le Directeur de Course Adjoint, triple vainqueur de La Solitaire du Figaro, entre autres. Une bagarre intense à hautes vitesses La bagarre pour la victoire et le podium est intense, ce qui demande de l’anticipation aux marins, comme le soulignait Charlie Dalin (MACIF Santé Prévoyance) hier soir : « les trajectoires sont intéressantes, la gestion des systèmes météo est spéciale car il faut penser avec deux coups d’avance. On ne réfléchit pas qu’au prochain, mais à celui d’après, voire à celui encore après ». Mais aussi de savoir où placer le curseur entre vitesse et risque de casse, qui est dans tous les esprits. La vigilance devra donc être de mise jusqu’au bout. En témoigne l’avarie de Paul Meilhat (Biotherm), qui a heurté un OFNI ce matin alors qu’il évoluait en 3e position à moins de 10 milles du leader. La collision a endommagé le foil bâbord et le puits de foil de son IMOCA, ce qui a contraint le skipper à lever le pied. 

A la mi-journée, une dizaine de bateaux, emmenée par un quatuor lancé à la chasse au leader, se tenait en 100 milles. « En ce moment, Yoann, qui a bénéficié de conditions un peu plus favorables que les autres concurrents en sortie de dépression, tire sur sa ligne et à tendance à s’échapper. C’est pour ça que l’élastique se détend un peu », observe Yann Eliès, Directeur de Course Adjoint, qui précise que les marins évoluent dans une mer qui s’est aplanie et qui est donc plus propice aux hautes vitesses. Selon lui, les conditions plus favorables dont a bénéficié l’actuel leader de la flotte ne sont pas les seules raisons de son avance sur son dauphin. « Charlie Dalin a dû faire une sortie de route hier dans des conditions de mer et de vent difficile, ce qui a sûrement engendré pas mal de casse. Il affiche des vitesses saccadées depuis. Il doit être en train de bricoler et d’essayer de trouver des solutions pour réparer et retrouver un minimum de potentiel. Les vitesses sont tellement élevées que c’est compliqué dès que tu t’arrêtes. Je suis impressionné par la vitesse et l’engagement des marins. Les visages sont marqués. C’est dire l’intensité de la course qu’ils se livrent », avance-t-il. Difficile donc à ce stade de se prêter au jeu des pronostics quant au vainqueur et au podium de ce sprint sur l’Atlantique Nord. D’autant plus que toujours selon Yann Eliès, « ça va ralentir dans les 400 derniers milles lundi avant la ligne et que la flotte va se compresser par derrière », ce qui laisse augurer d’un final à suspense.


© ISABELLE JOSCHKE (IMOCA MACSF) Une course qui pourrait se jouer à 1000 milles de l’arrivée en Class40


De leur côté, les Class40, qui naviguent dans des conditions difficiles de mer et de vent, font un peu le dos rond. « Ils sont rentrés dans la dépression dans la nuit dans des conditions difficiles avec un terrain de jeu cabossé avec de la mer et du vent fort. Ils les ont attaquées tambour battant hier soir, avec en chef de file Ian Lipinski (Crédit Mutuel), qui a fait des pointes à 20 nœuds dignes d’un IMOCA avant que ça ne se calme dans la nuit », raconte Yann Eliès, qui précise que « la flotte va s’attaquer cette nuit et demain au contournement d’une dépression, qui ne sera pas facile à ajuster car elle se fera dans des conditions de mer et de vent assez difficiles » et qu’ils rencontreront « le même scénario que les IMOCA hier : frôler le centre de la dépression sans se faire croquer par le centre ». A l’avant de la flotte, les leaders se livrent toujours un match très intense, à des vitesses comparables à celles des IMOCA et ne lâchent rien. « Les bateaux sont impressionnants, les skippers aussi », lance Yann Eliès, triste que la flotte ait autant été touchée par les avaries. « C’est courageux de faire cette course dont le parcours change des alizés. Il faut leur rendre hommage car même si les Class40 sont plus petits que les IMOCA et qu’ils vont mettre plus de temps, ça reste du haut niveau ! ». Toujours en tête, Ian Lipinski ne comptait que 11,2 milles d’avance sur Ambrogio Beccaria, 18,3 milles sur Fabien Delahaye et 74,5 milles sur Nicolas d’Estais (CAFÉ JOYEUX). Des écarts qui restent faibles et qui témoignent de l’engagement de tous les instants des marins sur course. Et de l’ordre incertain du podium à l’arrivée de The Transat CIC, sachant qu’une zone de transition les attend à 1000 milles de l’arrivée. Une zone qui « sera plus difficile à traverser pour ceux qui seront à l’arrière de la flotte », dixit Yann Eliès, qui estime que « tout va se jouer à ce moment-là. Jusqu’à présent, c’était surtout de l’engagement, de la fiabilité des bateaux et une pincée de stratégie avec trois coups à jouer des trajectoires pas faciles à ajuster. Mais le moment charnière pour les quatre bateaux de tête sera trois jours avant l’arrivée ». Le scénario de fin de course n’est donc pas facile à prédire non plus pour les Class40 !




Des enjeux différents en catégorie Vintage


Dans la catégorie Vintage, la course a une autre physionomie dans le sens où les deux concurrents disposent de bateaux très différents en termes de performance. Pas de bataille pour la victoire donc mais une envie de faire sa propre course et d’arriver de l’autre côté pour s’offrir une magnifique arrivée en baie de New York. Et, pour Patrick Isoard (Uship pour Enfants du Mekong), d’engranger de précieux points pour sa qualification à la Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2026. Ce dernier fait course en tête depuis le départ. Au pointage de 16h, il comptait 289 milles d’avance sur Rémi Gerin (FAIAOAHE). 



Ils ont dit Yoann Richomme (IMOCA Paprec Arkea) : « C’est très satisfaisant d’être en tête et à la fois ça me paraît lointain quand je vois le morceau qu'il nous reste jusqu'à la ligne d'arrivée. Il n’y a pas vraiment de schéma météo qui se dessine, je pense que ça va être compliqué. Et puis il y a l'habitude de ne pas crier victoire trop tôt, de ne pas s'emballer trop vite. On a pu le voir avec Charlie Dalin hier : en une bêtise, on peut perdre 50 milles. Donc je suis en tête pour l’instant mais rien n'est joué. »


Damien Seguin (Groupe APICIL, IMOCA) : « Les dernières heures de course ont été engagées. Les conditions étaient fortes niveau vagues et vent. Ça m’a obligé à naviguer en prenant quelques risques pour pouvoir maintenir une position à laquelle attaquer. Je suis bien placé. Je suis plutôt satisfait de ce que j’ai fait. Je suis dans un groupe, pas largement devant un paquet. Après, est-ce que je vais tenir le rythme, le matériel aussi ? Ça fait beaucoup d’inconnues. Je profite du fait qu’à un moment donné, j’aurais été 3e de cette Transat CIC et qu’une belle bataille s’annonce. On verra bien ce qu’il se passe. On va devoir contourner le centre dépressionnaire que l’on ne peut pas traverser comme ça sinon on se retrouverait au près de l’autre côté. On va rester dans la partie nord de celle-ci pour garder du vent portant. Il y a un empannage qui nous attend et ensuite une route dans l’ouest qui va nous emmener vers la limite de la zone des glaces et des cétacés. Après, est-ce que ça sera indécis comme ça jusqu’au bout ? Je ne sais pas. On a passé la mi-course. On a un scénario météo qui se met en place mais ça reste indécis. Je vais prendre les choses comme elles viennent et essayer aussi de prendre du plaisir. »


Éric Bellion (STAND AS ONE, IMOCA) : « Nous sommes en direction de New York à bonne vitesse. La course ressemble à un jour sans fin depuis le départ. Je n’ai pas trop eu le temps de m’acclimater à la mer. C’est sacrément intense. On va encore avoir du vent portant plus ou moins soutenu. J’essaie d’adapter ma vitesse à la mer pour que le bateau ne fasse pas trop de plantés. Je respecte mon objectif qui est d’arriver avec un bateau en bon état. Pour l’instant ça le fait. Cette nuit, on a fait des bonnes pointes. Le bateau partait à 25-26 nœuds. C’était un truc de fou. Aujourd’hui, ça va être un peu la même chose avec un empannage qui va nous ramener encore plus près de la zone interdite et de New York. La course est très éprouvante. Mon bateau est neuf donc je souffre à chaque fois qu’il souffre. Il n’a jamais autant tapé, surfé violemment, enfourné. C’est rassurant car il va bien. »


Timothé Polet (ZEISS, Class40) : « C’est ma première transatlantique en solitaire. J’apprends énormément. Je prends cette course avec beaucoup de jeunesse. Pour l’instant, ça se passe bien. J’ai eu pas mal de problèmes techniques au début mais j’ai réussi à les réparer. Je suis un peu derrière mais je suis toujours en course. C’est une satisfaction. Je suis au portant. Je vais avoir pas mal de vent dans 24 heures avec la dépression. Il ne va pas falloir trop se tromper. Et ensuite, il y a une grosse molle en arrivant du côté des Etats-Unis, donc il va y avoir encore du jeu. C’est particulièrement éprouvant pour les bateaux et les hommes. J’ai eu des gros coups de fatigue. Je viens d’empanner, c’est particulièrement éprouvant mais il faut le faire. Je me suis entraîné physiquement pour ça. Je suis très content d’être ici et j’ai hâte d’arriver ! »




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